lundi 12 août 2013

L'important, c'est de prouver !


« En ethnohistoire, la critique de source vise principalement à établir la crédibilité d'un document et conséquemment à valider les faits rapportés. »
(Jean-René Proulx, RAQ 1987)


Feu René Jetté, dans son Traité de généalogie, écrivait avec justesse :
« L'objectif de la méthode de la généalogie n'est pas seulement de trouver, mais de prouver le fait d'intérêt généalogique. »

Or, certains prétendus chercheurs se font un devoir d'ignorer ce principe fondamental. 

L'exemple le plus évident se trouve dans l'ouvrage : 

Histoire des Peuples Amérindiens
Tribus Algonquins
Région Mauricie
Village Watmachis (Yamachiche)
Par l’abbé Jean-Paul Létourneau
1995
Cap-de-la-Madeleine, éditions Médiagraphi
2004

Ce recueil généalogique, élaboré par feu l’abbé Jean-Paul Létourneau (1921-2005), établirait « l’identité amérindienne » des familles Arcand, Balan dit Lacombe, Baucher, Billy, Blanchette, Boisvert, Camirant, David, Comeau, Frenette, Giguère, Girard, Grenier, Guillemette, Hubert, Ladouceur, Laforme, Lejeune dit Briard, Lord, Martin, Noël (Midelet dit LeBreton), Salois et Vachon de la Petite Mission de Yamachiche.

L’abbé Létourneau, qui n’était ni généalogiste et encore moins historien, a pu consulter à deux reprises ce qu’il a cru être le « registre privé (registre indien) de la cathédrale de Trois-Rivières » dans lequel il dit avoir vu les actes référant aux « familles algonquines de Wabmashis (Yamachiche) et Tamaquois (Pointe-du-Lac) ». Or, ce registre n’est ni privé, ni Indien, puisqu’il s’agit en fait du « Catalogue des personnes baptisées » et du « Catalogue des trépassés au lieu dit des Trois-Rivières », premiers registres de la paroisse de l’Immaculée-Conception des Trois-Rivières, qui couvrent les années 1621 à 1749. Les originaux de ce registre sont conservés aux archives de l’évêché. Considéré comme le plus vieux document écrit de la Nouvelle-France, sa consultation ne peut se faire que sous supervision.


Catalogue des baptisés
1621 1749 (image 25)
(familysearch.org)


Catalogue des trépassés
1621 1749 (image 9)
(familysearch.org)

Afin de le protéger de la dégradation, il est maintenant interdit d’en prendre des notes ou de le photographier. Cependant, le registre a été microfilmé par l’église des Mormons ainsi que par l’Institut Drouin et il est consultable en ligne sur divers sites dont Ancestry et Familysearch. Preuve qu’il n’a rien de privé, il a même été dépouillé par le PRDH !

On trouve dans ce vieux registre les actes référant à plusieurs familles des municipalités environnantes de Louiseville, Pointe-du-Lac et Yamachiche, avant l’ouverture officielles de leurs propres registres paroissiaux. S’il contient plusieurs actes d’Amérindiens, c’est que les prêtres missionnaires ont attiré plusieurs clans et tribus au Fort des Trois-Rivières.

Je ne suis penchée sur les lignées proposées par l’abbé Létourneau, et force est de constater que ce recueil est un ramassis d’erreurs et de spéculations toutes aussi farfelues les unes que les autres. De plus, l’ouvrage ne contient aucune référence, sources, ni même une bibliographie ! L’auteur a distribué des origines Algonquines, Huronnes, Micmac et Mahigane à qui mieux-mieux.

Ce livre a circulé à moyenne échelle, et je vois encore des demandes et des commentaires de chercheurs amateurs sur ce document dans différents forums généalogiques. Malheureusement, plusieurs chercheurs, faute de pouvoir les vérifier avec les actes originaux, ont tendance à croire les données contenues dans ce livre. 

Je débute ici une série d'article qui visent à corriger les erreurs contenues dans les lignées élaborées par l'abbé Létourneau, avec les documents en preuve. 

dimanche 27 janvier 2013

Michelle Mingray, négresse ?


Françoise Barbery, fille du roi, mariée le 12 novembre 1668 à Montréal avec le migrant René Dardenne, a pour parents Rolin Barbery et Marguerite Mingray.

Dans beaucoup de généalogies mises en ligne, on trouve la mention selon laquelle Marguerite Mingray est identifiée comme « négresse ». C'est un cas classique de mauvaise interprétation d'actes de l'état civil et notariés.

Voici la fiche de Michelle Mingray telle qu'elle apparaît dans le PRDH



Voici la fiche de Françoise Barbery telle qu'elle apparaît dans le Fichier origine



Elle est appelée Michelle Mingresse dans un acte notarié passé devant les notaires Lefranc et Gabillon le 25 juillet 1653 à Paris.

Elle est appelée Michelle Négresse dans le contract de mariage (annulé) de Francoise Barbery avec Etienne Pasquier, passé le 9 octobre 1668 devant le notaire Lecomte (source : banque de données notariales Parchemin, Archiv-Histo).

Elle est appelée Michelle Mingray dans l'acte du mariage de Francoise Barbery, célébré le 12 novembre 1668 à Notre-Dame de Montréal





(source : Familysearch.org, Quebec catholic registers, Notre-Dame de Montreal). Il est écrit : fille de Rollin Barbery et Michelle Mingray (Mingroy) « ses père et mère » de la paroisse de la paroisse de St Sulpice au faubourg St Germain à Paris.

Conclusion, Michelle Mingray (Mingresse) est bien une parisienne. La documentation ne laisse aucun doute. 

For our english-speaking researchers : Michelle Mingray, mother of Francoise Barbery (married 1668 in Montreal to Rene Dardenne), is often identified as « negresse » (negro) in many online genealogies. However, this is a wrong translation of historic documents. Michelle Mingray is called Michelle Mingresse in a notary contract found in Paris (see image above) ; she is called Michelle Negresse in the (cancelled) marriage contract of Francoise Barbery and Etienne Pasquier ; she is called Michelle Mingray (Mingroy) in the 1668 marriage record of Francoise Barbery and Rene Dardenne (see image above).